28.02.2010
Hommage aux frasques des bleus

Avec les Tuniques Bleues, Willy Lambil et Raoul Cauvin nous offrent depuis plus de quarante ans un spectacle sans cesse renouvelé. A l'occasion du Festival d'Angoulême, un petit bijou est né: L' hommage aux Tuniques Bleues farci de friandises à déguster entre fans. Ce n'est pas un nouvel album mais un florilège des frasques du caporal Blutch, du sergent Chesterfield et de leurs auteurs. Cela commence avec des planches hilarantes parodiant la série et signées par Bercovici, Larcenet, Zep, Bouzard, Clarke et Blutch. Un vrai régal pour le plaisir des yeux. L'ouvrage se poursuit avec une interview des auteurs qui reviennent sur la naissance de la série en 1968. Cauvin avoue qu'à l'époque, il ne savait rien de la guerre de sécession ! Lambil nous parle graphisme. Si le premier dessinateur de la série, Louis Salvérius a effectué le chemin du comique gros nez vers le semi-réaliste, son successeur a fait la transition inverse, du réalisme au semi-réalisme. Cauvin nous dévoile les secrets de la création d'un scénario des Tuniques Bleues. Lambil nous donne ses trucs. L'ouvrage se conclut avec les superbes aquarelles de Lambil qui représentent des paysages ou mettent en scène les héros de la série.
Un album indispensable pour les inconditionnels et une gâterie pour les autres...
Marc Bauloye
L'hommage aux Tuniques Bleues Lambil Cauvin Dupuis
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Surprises sur Antarès

En 2079, la terre étant surpeuplée, une mission de colonisation est envoyée sur Aldébaran où naîtra Kim Keller. En 2184, la terre envoie une mission sur Bételgeuse dont Kim fait partie. Condamnée à y rester, elle est récupérée par ses amis qui écopent de lourdes peines de prison. C’est alors que la Forward Enterprises, une secte religieuse fondamentaliste, propose à Kim une mission sur Antarès en échange de la libération de ses amis. Elle débarque en éclaireur sur cette planète. Mais, la navette qui amène Lynn, sa fille, prend feu et atterrit loin de la base. L’hélico de secours de Kim tombe lui aussi. Toutefois, elle retrouve sa fille et ses amis indemnes. Les survivants prennent place dans un énorme tout-terrain censé les ramener au camp de base distant de plusieurs milliers de kilomètres. Dans le groupe, les tensions commencent à se faire vives. Tout le monde est harassé, affamé et terrifié. Pour trouver de la nourriture, Kim part en bateau prospecter la rive d’un fleuve. Au retour, une surprise de taille l’attend…
Un message de tolérance
Difficile de prendre la série en route sans avoir lu les premiers épisodes. Mais, Leo fait un résumé de la saga dans Antarès Episode 1. Avec un talent de conteur indéniable et une imagination foisonnante, il poursuit sa palpitante épopée humaniste de science-fiction où le fantastique côtoie le surnaturel. Son bestiaire s’enrichit d’animaux effrayants et dangereux tandis que la flore a des allures de paradis. Et, l'action captivante se double d'une réelle densité psychologique qui voit Kim confrontée à ses conflits intérieurs. Par ailleurs, Leo délivre ici un authentique message de tolérance et de générosité en prenant position contre l'obscurantisme, les dangers totalitaires et le dérives sectaires. Côté graphisme, le fabuleux côtoie le somptueux grâce à un trait clair, simple et précis.
Les mondes d’Aldébaran sont devenus un classique incontournable de la BD d’anticipation…
Marc Bauloye
Les mondes d'Aldébaran Cycle 3 Antarès Episode 3 Leo Dargaud
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21.02.2010
Voyage en uchronie

1947. Deux engins extraterrestres s'écrasent sur la terre. L'un en Sibérie. L'autre à Roswell aux Etats-Unis sous les yeux de Nico, une gamine ayant fait une fugue. A Washington, le Président Truman décide de divulger au public la nouvelle de cette découverte qui pourrait donner à l'Amérique une avance technologique inégalée. En même temps, contre l'avis de ses assistants, il fixe le cadre d'une nouvelle agence de renseignements, la CIA et embauche le père adoptif de Nico. De son côté, Staline prend la décision de faire à son peuple les mêmes révélations que Truman. Août 1966. Dans un univers où les voitures volent et où les trains sont atomiques, Nico, agent de la CIA très mal notée par ses supérieurs, part en mission à Paris. Elle doit rencontrer Max Wonder, l'industriel le plus fortuné du pays et l'enlever. Mais, la mission échoue et Nico est accusée de meurtre. Elle parvient à fuir avec l'aide de son père, le capitaine Moog. Il lui apprend qu'il a retrouvé en Allemagne la trace de sa mère. Nico parviendra-elle à se disculper ?
Un petit bijou
Le scénariste Fred Duval a construit ici un petit bijou d'uchronie. A savoir une réécriture de l'Histoire en modifiant des éléments du passé. C'est l'effet papillon. Que se passerait-il si deux soucoupes volantes avaient atterri sur la planète en pleine guerre froide ? Il en déduit un monde où le progrès technique est époustouflant. Comme dans Le Cinquième Elément, les humains se déplacent en voiture volante. Par ailleurs, les Beatles donnent un concert avec leur nouveau synthétiseur en l'honneur de Marilyn Monroe. Laquelle a épousé Isaac Asimov. A cette toile de fond pseudohistorique, Duval greffe une passionnante histoire d'espionnage. Son héroïne, Nico, dont les charmes séduisants sont croqués avec talent par Philippe Berthet, se trouve victime d'une machination. Dans ce pur divertissement de science-fiction, tout est réalisé pour plaire au lecteur. Aux coups de théâtre du début succèdent de frénétiques rebondissements. Nico devient très vite attachante. On est conquis par le décor rétrofuturiste et par l'intrigue mystérieuse à souhait. Avec son trait pur et élégant, Berthet habille avec panache un scénario à surprises. Comme dans Pin-up, il dessine avec grâce ses personnages féminins et plante de façon magistrale le cadre du récit. On y croit vraiment. Et, on attend avec impatience l'épisode suivant !
Un vrai divertissement dont on se régale. Avec une cerise sur le gâteau...
Marc Bauloye
Nico T1 Atomium-Express Berthet Duval Dargaud
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20.02.2010
Il aspire des fortunes
L’agent de l’I.R.S., Larry B. Max, monte une souricière pour capturer All Watcher. Celui qu'on surnomme le trou noir financier, Black Hole. A savoir, une personne qui profite de l’argent qui disparaît tous les jours de l’économie officielle. L’opération de Larry échoue. Toutefois, ce soir là, il a le sentiment qu’All Watcher est parmi les personnes chargées de le capturer. Y figure en bonne place Vincent Coutellier, un escroc français de grande classe. C’est le seul d’entre eux qui a eu la désagréable expérience de rencontrer Black Hole. Deux ans plus tôt, Coutellier s’est lancé dans une affaire lucrative liée à des sites pétroliers. Il ne savait pas qu’il jouait dans une pièce réservée à All Watcher. Lequel lui a donné un avertissement sans frais. Puis, Vincent a effectué de mystérieuses et anonymes négociations avec la séduisante Roxana Wilson. En se faisant passer pour lui, Larry rencontre Roxana qui essaie de lui vendre des favelas brésiliennes apparemment sans valeur…
Une aberration criminelle
Pour sa série parallèle à I.R.S., All Watcher, le scénariste Stephen Desberg a choisi un sujet crédible même pour les initiés: l’existence de Black Hole, une aberration criminelle tapie au coeur des marchés financiers qui aspire à elle illégalement des fortunes colossales. Fasciné par les secrets des mécanismes bancaires, Desberg imagine la traque par Larry de cette entité. Le scénariste ose commencer son histoire par la scène finale où tous les suspects possibles sont rassemblés. Chaque album devait être un one shot, mais, le mystère que représente ici les favelas brésiliennes reste entier… Riche en rebondissements, suspense et coups de théâtre, le scénario fonctionne bien même si la séquence où Larry échappe à la mort en lançant son GSM à la tête de son agresseur est peu vraisemblable. Le dessinateur Daniel Koller s’en sort bien avec son graphisme réaliste. Il apporte aux planches de l’album beaucoup de dynamisme.
Un thriller passionnant qui utilise avec bonheur les ressorts du roman policier et du récit d’espionnage...
Marc Bauloye
IRS All Watcher T2 La nébuleuse Roxana Koller Desberg Lombard
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19.02.2010
Voyage au bout de la nuit

Boston. Mars 1958. Deux marshals fédéraux, Teddy Daniels et Chuck Aule, sont invités à rejoindre Shutter Island, une île bizarre sur laquelle se trouve un institut psychiatrique très singulier qui abrite des fous criminels particulièrement nuisibles. On leur demande de retrouver une patiente, Rachel Solando, qui a mystérieusement disparu. Mais, Daniels est frappé par le manque de coopération du personnel. Infirmiers et médecins semblent dissimuler un lourd secret. Alors qu’une forte tempête approche, les recherches commencent et les fédéraux ne comprennent pas comment Rachel a pu s'échapper. Il apparaît très vite que Daniels n’est pas venu par hasard: il poursuit l’homme qui a tué accidentellement sa femme et ses enfants. Que va-t-il découvrir sur lui-même au bout de sa quête ?
Christian De Metter réalise ici une adaptation à couper le souffle du livre Shutter Island de Dennis Lehane. A l’occasion de la sortie du film tiré du roman et réalisé par Martin Scorsese (avec dans le rôle principal Leonardo Di Caprio), Shutter Island se trouve à nouveau sous les feux de l’actualité. Dans cette oeuvre, on retiendra le goût de De Metter pour les intrigues complexes et le suspense psychologique. Dès le départ de ce huis-clos terrifiant, le lecteur est plongé dans une atmosphère d’angoisse. Le mystère plane autant sur les pensionnaires que sur les enquêteurs. Il va en s’épaississant jusqu'au dénouement complètement inattendu. Tout est construit avec une précision d’horloger suisse pour en arriver à une chute ébouriffante. Les personnages de la BD offrent des portraits psychologiques à ce point fascinant qu’on dévore le récit d’un trait avec des frissons sur l’échine. On y retrouve aussi les thèmes de prédilection de Lehane: la vengeance, le remords et la culpabilité. Et, le récit soulève aussi la question de la maltraitance des malades mentaux. Le traitement graphique de ce thriller est exécuté de façon magistrale avec une galerie de protagonistes aux visages inquiétants. A dessein et avec talent, l’auteur utilise la bichromie pour créer des ambiances glauques et des couleurs pour les scènes oniriques.
Polar, roman graphique ou film nous invitent à un voyage haletant au bout d’une nuit de cauchemar…
Marc Bauloye
Shutter Island De Metter Lehane Rivages/Casterman/Noir
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18.02.2010
Au nom du père

De son père, qui croyait en lui, Orson, un jeune homme aux obsessions délirantes, a reçu une machine à écrire et un nom difficile à porter puisqu'il s'appelle Wells. Pour fuir la morosité familiale, il débarque à Hollywood avec la ferme intention de faire carrière comme scénariste de films. Alors qu'il se destine au cinéma d'auteur, le producteur Julian Katzberg l'engage pour faire le scénario d'un remake des années 80 Fright Night avec la sulfureuse Candy Lapointe dans le casting. Candy et Orson se plaisent mais la jeune femme devient la cible des media qui ne voient en elle qu'une poupée. Ne supportant pas d'être dénigrée, Candy met fin à ses jours. Au grand désespoir d'Orson. C'est alors qu'il apprend la mort de son père. Accompagné de Marsellus Bullock, un écrivain complètement fêlé, Orson fait route vers sa ville natale. Il y retrouve sa mère très affectée et Herbert, son frère, très revanchard. Il va devoir rapidement régler ses comptes avec ce frère qui lui reproche d'avoir quitté la maison l'obligeant ainsi à aider son père dans son magasin. Comment Orson va-t-il assumer ses nouvelles responsabilités sans abandonner son métier de scénariste ?
La parenthèse nécessaire
Le piment de l'intrigue imaginée par Gihef se situe sur deux plans particulièrement passionnants. C'est d'abord l'histoire d'un jeune loup cherchant sa place à Hollywood. Sur ce point, la culture cinématographique de Gihef impressionne. Moins évident, mais tout aussi riche, est d'avoir imaginé un personnage faible et complexe confronté à ses ambitions, ses peurs obsessionnelles et son passé. Cet épisode est la parenthèse nécessaire pour mieux comprendre Orson, cet anti-héros que l'on trouve très vite attachant. Le portrait truculent de Marsellus ajoute du piquant dans le récit. Par ailleurs, Gihef excelle dans la mise en scène, le découpage cinématographique et les références au 7ème Art. Dans un style ligne claire proche de celui de Berthet, Eric Lenaerts parvient à rendre intéressants les moments les plus banals. Il nous gratifie d'une galerie de personnages hauts en couleurs. Et, il parvient à faire passer à merveille les moments de tension. La seule déception que peut avoir le lecteur réside dans le fait de quitter déjà Hollywood le temps d'un intermède indispensable.
Les amateurs du 9ème et du 7ème Art vont se régaler...
Marc Bauloye
Mister Hollywood T2 Jersey Boy Lenaerts Gihef Dupuis
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Révélations

Bruxelles. De nos jours. Qui est vraiment Albertus M'Natogo dit Al'Togo ? Pourquoi a-t-il été victime d’une tentative d’assassinat ? Et son frère Cissié avec lui ? Voilà ce que tente de découvrir Alyssa Sierra, une journaliste américaine qui a flairé la grosse arnaque et qui est déterminée à faire toute la lumière sur la véritable histoire de ces deux frères. Pour quelle raison l'inspecteur de police français Al'Togo a-t’il été engagé par l'Europolice. N’est-il pas curieux qu’il paraisse moins aguerri que ses états de service le laissent entendre. Depuis le début, un mystère plane sur son identité. Célibataire, il aurait pourtant laissé derrière lui une femme et un enfant…
Héros malgré lui
Gare du Midi. A la suite d'une alerte bactériologique sérieuse, Al réussit à faire disparaître, presque malgré lui, la menace. Plus tard, des hold-up sanglants ont lieu à travers l’Europe. Certains pensent que la police est impliquée. Cette enquête périlleuse mène l'équipe d'Al au coeur de la Pologne où ce dernier démasque fortuitement les coupables. Il apprend alors que son frère Albertus est sorti du coma. Il n’est donc pas Al, mais son frère Cissié. Suite à une vague d'attentats contre les medias qui secoue l'Europe, toute l'équipe part pour la Grèce où Cissié fait, sans le vouloir, justice. Puis, c'est le cauchemar: il se fait tirer dessus en pleine rue. Le véritable Al'Togo est alors contacté par Alyssa. Elle lui apprend qu’elle sait tout: l'alerte bactériologique était un coup monté pour redorer le blason de l'Europolice. Elle sait aussi qu’il avait découvert avec son patron un gros trafic impliquant des transferts de fond dans la communauté européenne à Bruxelles. Al devait dénoncer le complot. Il a été victime d'un accident avant même d'entrer en fonction. Elle sait qu’il a un jumeau et que, contre son gré, ce dernier a pris sa place. Al parviendra-t-il à venger son frère Cissié ?
Les jumeaux
Depuis le début, le lecteur croit avoir affaire à une simple série policière banale. Une de plus. Mais le scénario de Jean-David Morvan se base sur un mystère qui va en s’épaississant au fil des albums. Avec ingéniosité, il distille parcimonieusement les indices montrant que les opérations de police ne sont que le sommet d’un formidable iceberg. En fait, le lecteur est gâté car il n’y a pas moins de quatre intrigues dans cette série: les opérations de police ordinaires, une fausse alerte bactériologique pour redorer le blason de la police, un trafic international et deux jumeaux dissemblables adoptés par un soldat de l’ONU. Le scénariste apporte beaucoup de soin à la psychologie des personnages. Il fait de Cissié un protagoniste particulièrement attachant. L’intrigue ne manque ni de suspense, ni de rebondissements, ni de coups de théâtre. Quant au dénouement surprenant, il agit sur le lecteur comme un coup de poing. Avec sa narration serrée, son récit tiré au cordeau et ses dialogues réalistes, Morvan clôture avec brio la saga d’Al’Togo. Le trait réaliste et efficace de Sylvain Savoia donne toute sa crédibilité au récit. Avec un style tranchant, il se trouve en parfaite adéquation avec le récit. Par ailleurs, les couleurs restituent à merveille les ambiances et les atmosphères parfois glauques.
Dénouement spectaculaire d’une série qui a tenu en haleine le lecteur pendant plusieurs années. A découvrir…
Marc Bauloye
Al'Togo T5 Cissié M'Natogo Savoia Morvan Dargaud
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07.02.2010
Le malaise de Jeremiah
Etats-Unis après la guerre nucléaire. Le chaos est partout où Jeremiah et son pote Kurdy posent leurs motos. Si Jeremiah a conservé quelques valeurs morales, ce n'est pas le cas de son compagnon, mercenaire à ses heures. Des lustres plus tôt, Jeremiah a rencontré Léna (Les Eaux de colère) et a quitté Kurdy pour elle. Mais, il est revenu sans rien expliquer. Aujourd'hui, Jeremiah rend visite à Léna qui vit avec Jake, son amant, et Stevie, son fils, dans une petite ville minière. Très vite, dans un bar, Jeremiah prend le parti d'un mineur contre un contremaître qui meurt dans la bagarre. Il va alors avoir sur le dos Ricky, le fils taré du propriétaire de la mine. Par ailleurs, il est évident qu'il est le père de Stevie et que Léna l'aime encore. Quand il apprend que Stevie a été enlevé dans le but de le piéger, il pète les plombs et se met à boire. Qui va veiller au grain ? Kurdy, pardi... Mais, comment va-t-il sortir son ami de ce sacré sac d'embrouilles ?
Un épisode clé
Une fois de plus, le lecteur se demande pourquoi Jeremiah partage le quotidien de Kurdy. Sans doute, parce qu'il combat comme lui l'injustice. Cet opus est un épisode clé de la série car Hermann montre le malaise profond de Jeremiah conscient de passer à côté de tout. Notamment d'une vie normale et familiale avec la femme et l'enfant qu'il aime. La dérive du héros, c'est donc le coeur de l'album dont la conclusion nous laisse sur notre faim. Si Jeremiah a des relations difficiles avec Kurdy, il peut se féliciter de l'avoir dans son camp. L'ironie de l'intrigue veut que ce soit Jeremiah lui-même qui enclenche un engrenage qui va le broyer. Ici, Hermann dénonce les abus de pouvoir comme il a stigmatisé dans d'autres épisodes les sectes, la dictature et le racisme. L'auteur est cynique: le monde où vit son héros ne change pas après son passage. Enfin, aucun temps mort dans une intrigue solide et musclée. Hermann sait où il veut nous emmener pour nous secouer avec rudesse. Et, il y réussit parfaitement. Le style graphique très réaliste colle parfaitement avec l'intrigue et la description d'un monde futuriste ravagé par une guerre atomique. Les décors crus et dépouillés en couleur directe sont grandioses.
Du Hermann en grande forme qui fait douter son héros pour remettre en cause sa vie d'errance. On en redemande !
Marc Bauloye
Jeremiah T29 Le petit chat est mort Hermann Dupuis
20:14 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cases, phylactères
Dernier acte de la guerre des Pierres

3412. Cosmos. Valérian et Laureline effectuent leurs derniers voyages dans l'espace et dans le temps. Il y a des lustres, ils n'ont pû empêcher la disparition de leur terre et de sa capitale Galaxity, victime en 1986 d'une explosion nucléaire. Ils parviennent à annuler les effets de la déflagration mais perdent leur planète. Pour la retrouver, ils doivent affronter les Wolochs, des Pierres noires intelligentes et redoutables. Pour cette ultime bataille, tous les amis des deux agents terriens se mobilisent: les enfants de Filène, Elmir, Jal, Ralph le Glapum'tien, Monsieur Albert... Valérian harangue ses troupes qui disposent d'une arme formidable: l'OuvreTemps, une clé de l'univers. Qui des Pierres ou des humanoïdes va remporter cette terrible bataille ? Valérian et Laureline vont-ils retrouver leur planète ? Fin d'un cycle et d'une série à la hauteur des ambitions des auteurs...
Une somptueuse chorégraphie finale
Le scénariste Pierre Christin et le dessinateur Jean-Claude Mézières souhaitaient clôturer leur saga sains de corps et d'esprit. Christin résoud dans L'OuvreTemps le fameux paradoxe temporel créé au début de la série. Ne croyant pas au succès de Valérian, il avait anéanti la terre et forcé ses personnages à errer dans l'espace pour la retrouver. Très vite, Laureline est devenue l'héroïne de la saga aux côtés de Valérian. Créée en 1967, cette série a apporté bien des innovations dans la BD de science-fiction. Christin ne s'est pas contenté de faire l'apologie du féminisme: il a abordé les problèmes politico-sociaux les plus importants de notre époque. Dans cet ultime épisode, sous forme de space opera, il fait revenir tous les personnages de la série pour une somptueuse chorégraphie finale et pour un dénouement fulgurant. Jean-Claude Mezières a réalisé pour cette saga des prouesses graphiques avec une inventivité prodigieuse. En outre, dans cet opus, il nous offre de splendides planches en couleurs directes. Tout y passe: visions hallucinées, action trépidante, silhouettes et trognes impayables. Il signe des images d'une beauté stupéfiante. Par ailleurs, Christin laisse une porte ouverte: il n'est pas hostile à des réinterprétations par d’autres de l’univers de Valérian. Dèjà, il continue la saga sous forme de romans (Lininil a disparu). A coup sûr, on est tenté de lire ou de relire la série !
Fin fascinante d'un chef d'oeuvre du 9ème Art qui a marqué des générations de lecteurs et qui séduira même les réfractaires à la science-fiction...
Marc Bauloye
L'OuvreTemps T21 Valérian et Laureline Mézières Christin Dargaud
09:59 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cases, phylactères
Le retour du Banni

Ils étaient cinq amis réunis sous le commandement d'Alester Le Vaillant qui transforma la Compagnie des Loups en une armée, la Meute. Sous sa bannière, cette armada mit un terme aux baronnies tyranniques. Pour un ordre plus juste et une paix éternelle, la Meute a fondé le Royaume d'Archaon. Une telle prouesse n'eut pas été possible sans Hector La Muraille Wiestal , guerrier ne vivant que par et pour l'épée, accompagné d’Ysengord, d'Aberrard et de Khaïss. Ensemble, ils pénétrèrent au coeur de Kordock, sanctuaire de l'Ephyse. Un pouvoir ancestral leur donna la force de prendre Myrmirrine, joyau des Territoires du Centre et fief du duc Amaltek qui préféra le suicide à la reddition. Mais, Hector croisa le regard de Lady Jester, la future reine promise à Alester et y succomba. Banni du royaume, Hector devint alors une légende déchue noyant ses souvenirs de gloire dans l'alcool. Trente ans plus tard, les faits d'armes de la Meute n'existent plus que dans les chansons. Maudissant ce Roi qui n'a même pas eu le courage de lui offrir une mort cent fois méritée, Hector vit entouré de fantômes. Seule la jeune Myrille, trouve grâce à ses yeux. Et, puis, Alester le convoque pour lui faire retrouver sa gloire perdue. Hector ignore encore le terrible piège qu'un ennemi mystérieux lui a tendu pour le broyer...
Si les récits d'héroïc-fantasy sont légion en BD, plus rares sont les histoires fantastiques qui se situent dans un Moyen-Age imaginaire dénué de créatures magiques. La très belle mise en image du dessinateur Tarumbana plonge le lecteur dans le monde tourmenté imaginé par le scénariste. Le liseur est immédiatement happé par la fureur des combats, par les drames et les complots qui se nouent à l'ombre du trône. La véritable force de l’album réside dans les trajectoires individuelles des personnages. Malgré tous leurs efforts, ces héros sont seuls face à un destin auquel ils ne peuvent se soustraire. Le Banni, c'est l'épopée d'un groupe d'amis unis par le sang qu'ils ont fait couler, forgeant par l'épée une légende qui a fait d'eux les rois d'un monde. Seul le temps, brisant les amitiés les plus indéfectibles, a transformé les héros d'autrefois en vieillards égoïstes et affaiblis qui se disputent aujourd'hui les derniers vestiges de ce qui fit autrefois leur mythe.
A l'évidence, Henscher s'inspire ici d'Impitoyable de Clint Eastwood où le héros déchu ne parvient plus à toucher sa cible. Il avoue lui même avoir cherché une ambiance à la Sam Peckinpah ou à la Sergio Leone. Mais, c'est Le Trône de Fer de Georges R.R. Martin qui a été sa principale source d'inspiration. Elle lui a permis de prolonger une réflexion sur la notion d'héroïsme, de sacrifice absolu, de don de soi au nom d'une cause supérieure avec la gloire qu'on en retire. Dans le Banni, on trouve aussi une introspection sur la violence et la légitimité de celui qui l'emploie. Par ailleurs, le scénariste a voulu souligner que le médiéval-fantastique doit être considéré comme un genre littéraire propre au même titre que le polar. Ce genre permet de traiter les questions politiques, voire métaphysiques. Ainsi, pour la relation entre Hector et Alester, Henscher a pensé à Roland et Charlemagne. Émotions des personnages, démesure, fabrication d'un mythe, violence nourrissent à profusion le début de cette saga prometteuse dans laquelle il n’y a aucun temps mort. Tarumbana prend plaisir à dessiner la gueule d’Hector. Avec son style peinture, il dépeint à merveille la cruauté et la sauvagerie des combats. Il propose aussi des jeux de lumières étonnants et des ambiances en clair-obscur. Inspiré par Rosinski, son pinceau donne de la profondeur et du relief. Quant au dynamisme, il naît des qualités propres à la technique picturale: elle ajoute à l’envi des contrastes et des valeurs tranchées. Elle n'empêche pas non plus de varier les plans et de jouer sur la ligne d'horizon. Le seul reproche concerne les descriptifs et les dialogues: ils sont tellement petits que la lecture est souvent difficile…
Une chanson de geste qui emballe c?urs, sens et action. Il reste aux auteurs à confirmer…
Marc Bauloye
Le Banni T1 Le poids de nos victoires Tarumbana Henscher Le Lombard
09:57 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cases, phylactères



